headerphoto

Article d'un lecteur : LE MONT SAINT MICHEL

Depuis la construction de la digue d'accès, de nombreuses photographies ont été prises du même endroit. Le principal souci du photographe se limitait à obtenir la plus grande image possible du monument. Au début du vingtième siècle, la mer fréquentait beaucoup plus le mont que maintenant. On a donc accusé l'ensablement de la baie, dû aux courants de flot et aux apports des trois fleuves qui convergent au sud-est du Mont. Un tel raisonnement sous-entend que le sable et les sédiments montent à l'assaut des murailles.

Si l'on compare les photographies prises du même endroit, on peut mesurer avec une assez  bonne    précision la valeur de cet ensablement. On constate qu'il est très faible et ne justifie pas la raréfaction de la fréquentation maritime. Le mont apparaît comme posé sur une éminence sableuse en forme de cône aplati.

Il faut donc rechercher une autre cause à cet assèchement. On peut en avoir une idée en considérant les phénomènes sismiques, climatiques et hydrauliques qui ont affecté nos côtes, à travers les âges. Il en reste des traces dans l'histoire de l'ère chrétienne.

Monsieur Adolphe ORAIN (Officier d'académie) a écrit en 1884 une "PETITE GEOGRAPHIE PITTORESQUE du département D'ILE ET VILAINE, pour servir de guide aux voyageurs dans Rennes et le département. A cette époque, on pouvait se procurer l'ouvrage chez P. DUBOIS, libraire-éditeur - 7 place du Palais et 3 rue Bourbon à RENNES.

 

Il commence par l'île de CESAMBRE: 

"Située à huit mille mètres environ de SAINT-MALO, cette île qui a un kilomètre de circuit, n'est séparée du continent que depuis quelques siècles. On sait, par tradition, qu'une forêt s'étendait autrefois de Coutances à Chausey, et même jusqu'au cap Fréhel.

D'ARGENTRE déclare dans son HISTOIRE DE LA BRETAGNE que les receveurs du chapitre de SAINT-MALO, en 1568, portaient sur leurs registres les revenus des terres situées entre CESAMBRE et la terre ferme. Il affirme avoir vu les titres d'un procès entre les ducs de BRETAGNE et le chapitre de SAINT-MALO, pour le droit de pâturage dans ces mêmes terres.

D'autres auteurs font remonter l'invasion de la mer à la grande marée de l'an 709, véritable cataclysme qui bouleversa tout le pays. C'est une grave erreur, croyons-nous, : en 709, la mer envahit bien en effet une partie de la forêt de SCISCY aux environs de CHAUSEY, mais CESAMBRE les deux BEYS et la HOGUETTE tinrent bon, et les prairies qui avaient pour bases les rochers actuels résistèrent pendant de longs siècles. Un registre capitulaire commencé en 1415, constate qu'un paysan fut condamné à cette époque, pour avoir laissé paître ses bêtes dans les prés de CESAMBRE.

Cette île fut habitée, en 1469, par des Cordeliers. Ils y élevèrent un monastère que le roi FRANÇOIS 1° vint visiter en 1518....ETC...............". 

Quelques pages plus loin, traitant des marais de DOL, il revient sur la question en précisant : 

"Ils appartenaient autrefois au désert de SCISCY, c'est-à-dire à l'immense forêt qui s'étendait depuis COUTANCES jusqu'à CHAUSEY et le cap FREHEL, en recouvrant le MONT- SAINT-MICHEL et LE MONT-DOL.

Ces marais ont été formés par un envahissement de la mer qui remonte à diverses époques. 

Les flots minaient sourdement, depuis des siècles, les digues que leur imposait la nature, lorsque la terrible marée de 709 vint envahir la forêt de Sciscy, sépara les îles CHAUSEY du continent et s'engouffra dans une partie des marais actuels par SAINT-BENOIT-DES-ONDES et LA FRESNAIS.

Plus tard, à l'automne de 881, une autre marée inonda ceux de CHERRUEIX, de SAINT-BROLADE, de SAINT-MARCAN, de ROZ-SUR-COUESNON et de SAINT-GEORGES- DE-GREHAIGNE.

Enfin, le tremblement de terre de 1427 prépara leur ruine totale.

Les bourgs de SAINT-LOUIS, MAUNY, LA FEUILLETTE, BOURGNEUF, TOMMEN et SAINT-ETIENNE-DE-PALUEL ont disparu sous les flots. La dernière de ces bourgades n'a été engloutie qu'en 1630.

Un ouragan de 1735 nettoya tellement la fange qui recouvre SAINT-ETIENNE-DE-PALUEL, qu'il fut possible de distinguer les rues du bourg, des débris de maisons, un puits, quelques vases d'étain, le bénitier de l'église et divers ustensiles de ménage.

On découvre encore fréquemment, dans ces marais, des chênes et des bouleaux très bien conservés.

Ces arbres ont leur écorce et quelquefois même leurs feuilles. Le long séjour qu'ils ont fait dans le marais a changé leur substance. Lorsqu'on les en retire, leur bois est noir et mou; mais, dès qu'il est exposé à l'air, il devient compact et acquiert une grande dureté. Le seul mouvement du flux et du reflux laisse voir souvent de ces arbres sur la grève.

On trouve aussi des glands, des faines, des noisettes, de nombreux coquillages et des débris d'animaux. Le hasard a fait découvrir un bois de cerf avec plusieurs de ses andouillers, une tête de boeuf et un squelette de renard.

Après la marée de 709, la mer se retira par degrés, et il se forma des amas de sable qui garantirent ces terrains jusqu'aux inondations postérieures. Puis la mer ayant continué de s'éloigner de plus en plus, en laissant à découvert une immense grève susceptible de culture, l'on construisit des digues pour la préserver de nouveaux envahissements, et l'on creusa des canaux pour dessécher ce sol d'une fertilité remarquable. 

On peut imaginer, une immense bulle souterraine, qui se gonfle lentement en exondant le fond de la mer puis, crève brusquement en noyant tout ce qu'on avait cru définitivement acquis. Par un phénomène cyclique, la bulle regonfle lentement jusqu'au prochain effondrement. Si l'on considère que la surface de la bulle est de résistance irrégulière, il est normal que les parties faibles et molles "gonflent" plus que les parties fortes et dures. Les faibles peuvent "gonfler" en entraînant un affaissement des dures. On peut schématiser ainsi, ce qu'on considère comme une montée du niveau moyen des mers quand la terre recule, et comme un ensablement quand elle s'assèche. L'histoire géologique, les traces retrouvées et les légendes qui s'en mêlent, ont donné lieu à de nombreuses études, bien étayées. 

La SOCIETE D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DE L'ARRONDISSEMENT DE SAINT-MALO, dans sa séance du 17 janvier 1994, publie un mémoire de Monsieur René HENRY, intitulé:

LE COMBAT DE L'HOMME ET DE LA MER, encore plus détaillé et généraliste que le résumé de Monsieur Adolphe ORAIN publié cent dix ans plus tôt.

Il apparaît, dans cette étude, que les phénomènes sismiques ont affecté toutes les côtes françaises de la MANCHE et de L'ATLANTIQUE. On peut regretter que seuls les rivages de la mer de la MANCHE aient fait l'objet de cette étude.

En effet, la bulle qui s'est regonflée et qui continue à gonfler, est seule en mesure d'expliquer les exondements des fonds marins qui voient le comblement de certains abers, rias et estuaires peu profonds tels que la baie des VEYS, la baie du MONT-SAINT-MICHEL, la baie de la FRESNAIE, la baie de SAINT BRIEUC, l'anse de L'AIGUILLON et le spectaculaire port de BROUAGE qui continue à s'élever au-dessus de la mer.

Ainsi, la bulle en crevant avait créé l'estuaire de la RANCE et les magnifiques abers WRACH,  BENOIT et ILDUT. La fantastique rade de Brest doit dater de cette époque. En se regonflant, notre bulle commence à exonder les petits fonds, aidée par les hommes, leurs polders et leurs bouchots à moules.

La gigantesque onde de marée qui s'engouffre dans la tuyère de la Manche, se heurte à l'obstacle du COTENTIN, véritable anomalie hydrodynamique provisoire.

Il est donc vain et dérisoire de croire que les fourmis humaines prétentieuses puissent s'opposer aux mouvements de l'écorce terrestre. Quoi qu'on fasse, le MONT-SAINT-MICHEL et toute sa baie, avec ses îlots et ses cailloux, sortiront complètement de la mer pour retrouver leurs attaches terrestres ancestrales. Les "herbus" et les polders viendront bientôt le rejoindre. Le plateau des MINQUIERS et CHAUSEY suivront jusqu'à ce que la bulle crève à nouveau. C'est peut-être pour demain ou pour dans plusieurs siècles. Les bricolages coûteux prévus sur la digue d'accès ne sont que des emplâtres ruineux sur une jambe de bois. Ils ont été conçus par des décideurs "à la petite semaine" qui feraient bien d'étudier plus sérieusement les leçons du passé.

Il est étonnant de constater que la bibliothèque d'AVRANCHES conserve sous le nom de :

"Manuscrit du chanoine", une pièce unique et convaincante dont on ferait bien de parler dans les enquêtes publiques.

Ce document incontestable a été écrit au plus tard au dixième siècle de notre ère par un des derniers chanoines du chapitre de Saint Aubert, évêque de SAINT-PAIR, fondateur de l'abbaye du MONT-SAINT-MICHEL.

Les perspectives de marchés juteux, favorisées par les régionalisations et les décentralisations génératrices de corruptions, seraient-elles les seules motivations qui animent nos élus décideurs et les services de l'Etat intéressés financièrement à l'affaire? 

Il n'y a aucun risque de procès, contestant la liberté d'expression, en écrivant cela. Cela a déjà été écrit et publié avec toutes les précautions juridiques nécessaires. Le grand juriste Henri COULOMBIE, de Montpellier, a étudié et écrit (en 1992) un ouvrage remarquable : LE DROIT DU LITTORAL. Il y déplore aussi cette corruption légale qu'il faut dénoncer avec d'autant plus de véhémence qu'on en a été le témoin. 

A la page 58, paragraphe 2 - Le littoral entre la loi et les honoraires des services techniques de l'Etat. 

79 - Le propos est bien sûr iconoclaste et un brin provocateur...

Il n'aurait donc pas été tenu sans l'autorité morale du rapport de la cour des comptes qui relève à cet égard: " L'article 6 de la loi N° 48-1530 du 29 Septembre 1948 dispose que :

"les fonctionnaires des Ponts et Chaussées peuvent être spécialement autorisés par le ministre à prêter leur concours technique à des personnes privées, lorsque leur intervention est justifiée en raison d'un intérêt général".

Les honoraires rémunérant ce concours sont versés à un fonds commun et partagés suivant des modalités complexes et variables, mais qui réservent une part importante aux ingénieurs responsables des projets. De telles autorisations ont été données par le Ministère de l'Equipement pour la plupart des opérations. Sans doute, la participation de techniciens du service maritime pouvait-elle offrir des avantages et l'Administration soutenir que les installations portuaires présentent un caractère d'intérêt général. En fait, ces travaux ne pouvaient être dissociés de l'édification des terre-pleins et des programmes immobiliers qui y étaient prévus. Dès lors, il eut été  préférable de ne pas autoriser ces fonctionnaires à apporter leur concours à des promoteurs privés afin que l'impartialité de leur mission de service public ne puisse être mise en doute lorsqu'ils auraient à instruire les demandes de concessions d'endigage et de permis de construire." (Rapport de la Cour des comptes au Président de la République: JO - 3 juillet 1973).

Depuis 1973, et le contexte de l'affaire de BORMES LES MIMOSAS, la situation ne nous semble pas avoir sensiblement évolué.

Il suffira de constater l'opposition classique, sur de nombreux projets immobiliers littoraux actuels, entre d'une part, les services à honoraires qui soutiennent en général la réalisation de tels projets (DDE et SM), d'autre part, les services sans honoraires, en général beaucoup plus critiques (notamment DASS et DRAE).

Les promoteurs les plus avertis ont depuis longtemps compris qu'ils avaient intérêt à confier une partie de la maîtrise d'oeuvre de leurs projets aux services techniques de l'Etat. 

C'est, peut-être, une bonne explication. 

Les travaux projetés et la loi de 1986 sur l'aménagement et la protection du littoral. 

Ils sont entièrement situés sur le DOMAINE PUBLIC MARITIME, particulièrement protégé par la loi "littorale", qui précise dans son article 27 : 

En dehors des zones portuaires et industrialo-portuaires, et sous réserve de l'exécution des opérations de défense contre la mer et de la réalisation des ouvrages et installations nécessaires à la sécurité maritime, à la défense nationale, à la pêche maritime, à la saliciculture et aux cultures marines, il ne peut être porté atteinte à l'état naturel du rivage de la mer, notamment par endiguement, enrochement, ou remblaiement, sauf pour des ouvrages ou installations liées à l'existence d'un service public ou l'exécution d'un travail public dont la localisation au bord de la mer s'impose pour des raisons topographiques et techniques qui ont donné lieu à une déclaration d'utilité publique.

Toutefois, les exondements antérieurs à la présente loi demeurent régis par la législation antérieure. 

Ce dernier alinéa autorise seulement l'entretien de la digue du Mont-Saint-Michel mais non sa modification majeure.

L'utilité publique ne peut se baser sur une hypothèse contestable. Par exemple, le barrage de la Rance ne pouvait pas être considéré comme une nécessité publique impérative, après 1986. Les élucubrations pseudo scientifiques ont montré dans l'exploitation leurs limites telles, que les résultats n'ont pas justifié l'investissement et encore moins l'atteinte à l'environnement. 

De la même façon, les projets en cours sont basés sur une conception superficielle de l'hydraulique maritime et ne constituent pas une nécessité publique impérative. Monsieur le Préfet n'a aucun argument qui puisse justifier ce gaspillage d'argent public. 

Vénalité des enquêtes publiques 

Au mois de mai 2003, sur les antennes de France 3, l’émission THALASSA traitait du refus  d’appliquer la Loi de 1986 sur l’aménagement et la protection du littoral, par les Maires des communes appuyés par les services à honoraires de l’Etat et les Préfets. On assista à la déroute lamentable du Préfet de La Charente maritime, qui reconnut publiquement ne pas respecter cette loi.

Lors d’un journal télévisé, vers la fin de la première quinzaine du mois de juillet 2004, le Maire d’Aubagne méprisait les protestations de la population contre son projet d’urbaniser les terrains des cultures maraîchères de la commune, en vue de l’implantation d’une zone industrielle. A la question du journaliste : 

« Y aura-t-il une enquête publique pour la révision du P.O.S/P.L.U ? » 

Il a répondu superbement : 

« Oui ! Mais l’urbanisation se fera de toute façon. » 

Ce genre de réflexion n’émeut pas la justice administrative qui contrôle la légalité des enquêtes publiques avec une particulière légèreté. Cela se voit surtout dans le choix des Commissaires-enquêteurs, « godillots » des élus, attirés par la soupe. On peut donc dire, en pastichant CLEMENCEAU : 

«  La Justice Administrative, à l’instar de la justice militaire, est à la justice ce que la musique militaire est à la Musique. »

Francois TATARD

Vous souhaitez réagir ?

>> Il vous suffit de cliquer ICI <<
Autres sujets :