headerphoto

L'éthanol serait plus polluant que l'essence

Fin septembre 2006, le gouvernement français annonçait l'arrivée du "Flex Fuel – Ethanol E85" afin de garantir l'indépendance énergétique du pays tout en luttant contre les émissions en gaz à effet de serre. Cependant, une étude récente publiée dans la revue Environmental Science & Technology montre que l'éthanol serait source d'une pollution de l’air plus importante que l’essence.

Si l'éthanol peut présenter certaines vertus en ce qui concerne les émissions en gaz à effet de serre (selon l'IFEN), tout comme le gazole par exemple, il ne faut pas oublier que les transports routiers génèrent aussi une importante pollution atmosphérique locale (particules, ozone...) dont les conséquences sont graves pour la santé. C'est cette pollution, souvent supplantée dans les discours par le CO2 (qui contribue au réchauffement de la planète), qui a été mise en avant dans un article publié le 18 avril 2007 par la revue Environmental Science & Technology.

C'est en observant la dégradation de la qualité de l'air au Brésil dans les années 70 avec la large diffusion de l'éthanol, que Mark Jacobson, spécialiste en chimie atmosphérique à l'université de Stanford en Californie s'est penché sur les conséquences de ce carburant, un mélange composé à 85% d'éthanol et 15% d'essence sans plomb.

Le résultat est inquiétant puisque l'E85 présenterait "un risque égal voire plus grand pour la santé publique que l'essence seule" selon le scientifique.
Pour arriver à cette conclusion, l'équipe de Jacobson a exploité un modèle sophistiqué de mesure de la composition atmosphérique avec deux scénarios hypothétiques pour 2020 aux Etats-Unis. Dans le premier, l'ensemble du pays roulerait à l'E85 tandis que dans le second le parc serait entièrement composé de motorisations à essence.
Selon cette projection, l'E85 provoquerait une hausse de la mortalité de 4% sur l'ensemble des Etats-Unis et de 9 % à Los Angeles (où la géographie n'est pas favorable à la dispersion des polluants), accompagnée d'une augmentation du nombre d'hospitalisations dû à l'affaiblissement du système immunitaire et aux cas d'asthme. Le taux de cancer resterait quant à lui similaire à celui attribué à l'essence.

L'E85 "fait baisser le taux de présence de certains polluants, mais il en augmente d'autres." explique Mark Jacobson. Ainsi, il génère moins de benzène et de butadiène, qui accroissent l'effet de serre, mais augmente les concentrations d'acétaldéhyde (éthanal) et formaldéhyde (méthanal), deux composés organiques volatils (COV) précurseurs de l'ozone troposphérique.

Au final, Mark Jacobson s'interroge, à juste titre, "si nous devons continuer à faire la promotion de ces biocarburants alors qu'ils ne présentent aucun bénéfice pour la santé". Et qu'il serait plus opportun de considérer l'E85 au regard de l'indépendance énergétique du pays, des émissions en gaz à effet de serre évitées et des conséquences environnementales des cultures qui en produisent.
Les biocarburants comme l'éthanol ont "tout simplement pas encore été bien étudiés" indiquait dans le même article Mark Delucchi, un spécialiste des transports à l'Université de Californie. Au regard du climat, "nous ne mesurons pas véritablement les conséquences, qu'elles soient positives ou négatives" ajoutait il.

Le Flex Fuel se répand
De nombreux pays vivent déjà à l'heure du Flex Fuel comme le Brésil, la Suède ou les Etats-Unis. En effet, l'éthanol a fourni 44% de tous les carburants (non diesel) pour véhicules automobiles consommés au Brésil en 2004 et a été mélangé avec 30% de toute l'essence vendue aux Etats-Unis (REN21, 11/2005).
Au Etats-Unis, le Président Bush a fait de l'E85 un outil phare pour diminuer la dépendance énergétique du pays.
Enfin, la France vient d'annoncer son soutien à ce nouveau carburant pour qu'il soit largement diffusé d'ici à 2010.

www.notre-planete.info

Vous souhaitez réagir ?

>> Il vous suffit de cliquer ICI <<
Autres sujets :