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La France n'a pas de pétrole mais elle a de la betterave

Qu'est-ce-que le E 85 ?

Stricto sensu, les biocarburants sont des carburants produits à partir de plantes cultivées. Ces dernières produisent, soit de l'huile à partir du palmier à huile, du colza ou du tournesol, soit de l'alcool avec la canne à sucre ou la betterave ou enfin de l'amidon hydrolysé au moyen du blé et du maïs. Le carburant végétal, le « carburant vert » ou « agrocarburant » peuvent être les autres dénominations. L'agrocarburant est composé à 85 % de bio-éthanol et 15 % d'essence.

Les usines de bioéthanol poussent comme des champignons.

Les biocarburants sont produits localement, n'entraînent pas de surcoût de transport et ne sont pas soumis aux aléas de la conjoncture internationale. Certes, l'université californienne de Berkeley estime qu'un même volume d'E 85 contient moins d'énergie car moins d'octane de l'ordre de 28 % qu'un volume d'essence mais le « carburant vert » met davantage à profit l'énergie qu'il possède. Au final, le « biocarburant » permet d'obtenir un kilométrage équivalent à 85 % de celui d'un moteur essence et surtout son moteur produit 75 % de gaz à effet de serre en moins. Enfin, le coût du litre d'éthanol est moins cher que celui de l'essence puisque son prix à la pompe est d'environ 80 centimes : le biocarburant est donc très avantageux du point de vue économique.

De surcroît, la France possède une belle opportunité en étant l'un des plus gros producteurs de canne à sucre et de betterave au monde. La première est cultivée à l'île de la Réunion qui à elle seule fait pousser 200 000 tonnes de cannes à sucre et la betterave l'est dans le nord de la France en Picardie et dans le Nord-Pas-de-Calais. Ainsi, la France a les moyens de devenir un important producteur de bioéthanol et surtout de satisfaire la demande intérieure en « carburant vert » dans la quasi-totalité : la balance commerciale française sera moins négative en raison de la diminution des importations de pétrole qui est responsable en grande partie du déficit commercial. Déjà, l'usine d'Origny Sainte Benoite dans l'Aisne est le plus important site de production d'éthanol en France avec une production de 950 m3 par jour. Elle illustre parfaitement la montée en puissance des biocarburants dans le monde. Cette usine couple sa production de sucre et d'éthanol de betterave : le site fait travailler trente emplois et génère 2 000 emplois indirects. Le groupe Teréos va ouvrir cinq autres usines en 2007.

L'automobile qui « se met au vert ».

Deux solutions s'offrent aux consommateurs de carburants alternatifs à l'essence et au diesel. Premièrement, le biocarburant peut être modifié chimiquement afin d'être adapté aux moteurs diesel et essence classiques. Cependant, son empreinte écologique est plus importante que la seconde solution. Cette dernière préconise d'adapter les moteurs de la voiture de « monsieur tout-le-monde » aux biocarburants au moyen d'un kit. Ford Motors Company met au point des moteurs utilisant du biocarburant E 85 qui développent 5 % de puissance en plus. L'équivalent de l'E 85 comme carburant de l'aviation montre qu'il produit jusqu'à 9 % de puissance supplémentaires. La Suède utilise couramment le biocarburant et le sud des Etats-Unis produit et consomme de plus en plus : le choix états-unien est facilité par les importantes productions de maïs qui sont la matière première des carburants végétaux. D'ailleurs historiquement, le premier véhicule produit en série capable de rouler avec du biocarburant fut la Ford T des années 20 dont les fermiers propriétaires de l'époque fabriquaient leur propre « carburant vert ». Aujourd'hui, 40 %des voitures au Brésil roulent avec un kit de conversion qui accepte les types de carburant (« vert » et classique). D'ailleurs, cette technologie a déjà été adoptée en Allemagne et en Suède. Général Motors est un leader mondial avec sa filiale suédoise qui a développé un concept de voiture de sport équipée du moteur « biopower » : elle a d'ailleurs des performances sportives supérieures aux mêmes modèles classiques de la marque. Dans le domaine du sport automobile, des voitures de sport roulent au « flexfuel » dans le championnat de voitures de tourisme suédois en 2007 et l'année dernière, 30 % des compétiteurs du rallye de Suède roulaient au « flexfuel » : c'est le cas de la Ford Fiesta Groupe N.

Le Conseil général de la Marne utilise depuis la fin de l'année 2006 des véhicules expérimentaux consommant du biocarburant : il a reçu l'aval de l'ancien ministre délégué à l'Industrie François Loos. « Cela permettra d'économiser des gaz à effet de serre », a déclaré le ministre à Châlons-en-Champagne, site pilote de l'expérience nationale. "Cette nouvelle étape nécessitera le déploiement de pompes spéciales dans les stations-service", a-t-il ajouté. Les constructeurs devront également adapter leurs moteurs à ce carburant plus corrosif. "Nous aurons toujours besoin de pétrole. Mais nous en réduisons la quantité, le coût et l'émission de gaz à effet de serre". Le ministre s'est installé au volant de l'une des sept premières voitures qui utiliseront l'E 85. Cette flotte "flex fuel" (dont le moteur permet le mélange essence/biocarburant) sera utilisée à titre expérimental pendant un an par le Conseil général de la Marne. Pour les photographes, François Loos a fait un plein d'E 85 en marquant un arrêt à une pompe qui affichait le prix symbolique d'1 euro pour un litre. Les éthanols sont issus de la betterave à sucre, du blé, du maïs ou de la canne à sucre. La SNCF emboîte le pas de la collectivité territoriale et fait circuler depuis l'automne 2006 des véhicules utilisant le B 30, « agrocarburant » voisin du E 85 et qui se compose de 30 % de biocarburant. En outre, elle va équiper plusieurs locomotives d'un moteur fonctionnant au B100 et comme le sigle le laisse deviner, il est 100 % végétal : si la production suit et l'environnement économique reste favorable, l'expérience se poursuivra. Ainsi, une société française vend des kits de conversion Ethanol-E 85/ Essence qui s'installent en quelques heures et ne nécessitent aucune modification. Ensuite, vous avez le choix de rouler avec du sans-plomb 95/98 ou du bioéthanol. En France, rouler au bioéthanol est légal depuis le 1er janvier 2007 et près de 500 stations en France le proposent à la vente. Voici la liste des modèles de voitures fonctionnant à la technologie « flexfuel » : Ford Focus Bioflex, Ford Focus C-Max Bioflex, Saab 9/5 berline 2.0 t BioPower, Saab 9/5 break 2.0 t BioPower, Volvo C30 Flexifuel, Volvo S40 Flexifuel, Volvo V50 Flexifuel. Des modèles français seront proposés à la vente dans le courant de l'année : Citroën C4, Peugeot 307, Renault Megane.

« L'or vert » remplace « l'or noir ».

Le Brésil est le leader mondial de la production et de la consommation d'éthanol. Le groupe Coimex est le plus important producteur et fournisseur brésilien et son expansion est rendue possible pour deux raisons : d'abord, les carburants pétroliers sont fortement taxés, de plus le Brésil est un important producteur de canne à sucre, matière première du « carburant vert ». Aux Etats-Unis, Archer Daniels Midland Corporation est le plus important producteur américain et a réalisé un chiffre d'affaires de près de 11 milliards de dollars en 2006.

Malheureusement, les plantes qui servent à la production du bioéthanol prennent beaucoup d'espace et entrent en concurrence avec la biodiversité des forêts et l'agriculture alimentaire : nourrir la population est un autre grand défit de l'avenir. De surcroît, ces plantes consomment énormément d'eau et les réserves ne sont pas illimitées en France. Alors même que le printemps est la saison des précipitations, plusieurs départements restreignent déjà la consommation de l'eau et les agriculteurs sont montrés du doigt : il ne s'agit pas de rendre leur travail encore plus stigmatisant. Au final, le bioéthanol n'est pas une solution parfaite. De plus, le remplacement de la production des carburants classiques par celui des « agrocarburants » n'est pas possible car elle nécessite trop de terres à cultivées que ne peut supporter la planète en plus de sa fonction nourricière. Enfin, cette alternative durable provoque des bouleversements considérables dans le domaine alimentaire : les produits primaires des pays en voie de développement flambent et les populations n'ont plus assez de pouvoir d'achat. Le prix du maïs au Mexique a flambé à la suite des exportations états-uniennes de maïs servant à la production du « carburant vert ». Dans d'autres pays souvent pauvres ou la diversité biologique avait été préservée jusqu'à maintenant, les paysans ont déboisé pour cultiver ce nouvel « or vert » comme en Malaisie. Surtout, l'E 85 ne règle pas tout puisque même s'il devait remplacer dans la totalité les carburants produits à partir du pétrole, il n'empêcherait pas totalement les émissions de gaz à effet de serre, il les limiterait seulement : cette donnée est à prendre en compte sachant que la population mondiale comptera bientôt neuf milliards d'habitants. Par conséquent, le réchauffement climatique ne serait pas stoppé, tout juste ralenti. Malheureusement, le Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat nous a montré que l'humanité ne peut plus se permettre d'apporter des moitiés de réponse au réchauffement climatique mais doit opérer de vrais progrès technologiques et économiques.

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