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Les carburants bio ne sont pas si écolos

Déforestation, recours à de formidables quantités d’eau, prix de la céréale à la hausse: quelques exemples des problèmes que posent les biocarburants. Attention au désastre écologique et humain.

Qu’il faille songer à remplacer tout ou partie du pétrole par des combustibles de substitution, plus personne ne le conteste. Et les biocarburants, en vertu de leur faible production de gaz à effet de serre, sont souvent cités parmi les favoris.
Souvent, mais pas toujours. A un Schwarzenegger, gouverneur de Californie, qui enjoignait dernièrement à ses concitoyens de conserver leurs grosses bagnoles puisqu’elles peuvent rouler à l’alcool de maïs, Peter Brabeck, directeur de Nestlé, vient de faire une réponse cinglante: «Les biocarburants ne sont pas écologiques».

Ce n’est pas à proprement parler un scoop. Avec de plus en plus de virulence, les organisations écologistes dénoncent les pratiques en cours aux Etats-Unis et au Brésil, plus gros producteurs du monde d’éthanol issu des plantes.
Au Brésil, cela se fait au détriment de la forêt amazonienne, rasée pour laisser la place à la canne à sucre, autrement plus rentable au vu des débouchés offerts par sa transformation en carburant. Le constat n’est pas plus encourageant aux Etats-Unis, passés au premier rang des producteurs. Non seulement la culture du maïs destiné aux moteurs nécessite en effet de formidables quantités d’eau, comme le souligne Peter Brabeck. Mais en plus, elle a provoqué une explosion des prix de la céréale, au point que les peuples de l’Amérique centrale peinent désormais à l’acheter pour s’en nourrir.

Un problème humain

Avant d’être énergétique ou technologique, le problème est donc plutôt éthique. Et il est désormais certain que, selon les technologies actuelles, les «cultures énergétiques» ne pourront jamais satisfaire les besoins en carburants de l’humanité.

La panne sèche est-elle donc inéluctable? Pas selon Christian Hardtke, professeur de biologie moléculaire végétale à l’UNIL. «A mon sens, on peut se contenter de cultiver des sols productifs pour l’éthanol pendant cinq à dix ans, mais il y a plus à attendre de la deuxième génération de biocarburants, celle qui permettra d’utiliser des terres beaucoup plus marginales», explique-t-il.

Deuxième génération? Prometteuses, les recherches actuelles ne s’intéressent pas qu’à la graine, mais à la plante tout entière. «Lorsque le processus de transformation des parois cellulaires des plantes en sucres sera au point, il suffira de cultiver de la biomasse, et non pas tel ou tel type de céréale nécessitant des soins particuliers», précise le spécialiste. Une fois dégradée, la plante subit le même traitement – une fermentation – que les sucres que l’on extrait aujourd’hui du maïs, de la canne à sucre ou de la betterave. Mais avec des rendements largement supérieurs, puisque les 90% de la plante pourront être transformés.

De l’espoir dans le roseau

Parmi les candidats à cette transformation énergétique, le champion du monde s’appelle roseau de Chine (Miscanthus giganteus). «Cette plante peut pousser presque n’importe où. En Europe, seules certaines régions d’Espagne et de Grèce se sont révélées trop arides», poursuit Christian Hardtke.

24 Heures (ch)

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