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Bruxelles se frite autour d'une patate OGM

Alimentation. Faute d'une décision à la majorité qualifiée, les ministres européens de l'Agriculture vont laisser le géant allemand de la chimie BASF commercialiser son produit.

C’est du tout cuit : la pomme de terre génétiquement modifiée du géant allemand de la chimie, BASF, va être autorisée dans les tout prochains mois. Et pourtant, les ministres européens de l’Agriculture n’ont rien décidé. C’est l’étrange conséquence de la réunion que les ministres ont tenue hier à Bruxelles. Une procédure pourtant tout à fait conforme et habituelle. Explications.

Sujet sensible.  La législation européenne prévoit qu’une entreprise souhaitant mettre sur le marché un OGM doit, au préalable, obtenir l’autorisation de l’Union européenne. Logique, puisque l’OGM pourra ensuite circuler librement sur l’ensemble du territoire européen. Le sujet étant sensible, la décision revient au Conseil des ministres de l’UE. Mais pour autoriser ou refuser un OGM, ils doivent prendre leur décision à la majorité qualifiée. C’est là que le bât blesse : les ministres ne parviennent jamais à réunir une telle majorité dans un sens ou dans un autre. Le dernier mot revient alors à la Commission européenne. C’est ce qui vient de se passer hier. Onze pays ont voté contre (Autriche, Italie et Pologne.), dix pour (Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas.) et six, dont la France, se sont abstenus.
«A chaque fois, la Commission européenne dit oui en se basant sur l’avis de l’autorité européenne de sécurité des aliments», déplore Green­peace, qui dénonce depuis longtemps cette procédure. Les défenseurs de l’environnement sont d’autant plus inquiets que cette autorisation est la première, depuis la fin du moratoire européen sur les OGM en 2004, qui concerne la mise en culture. L’Union a déjà donné son feu vert à sept OGM, mais ces autorisations visaient uniquement leur importation.
Amidon.  Selon Greenpeace, qui se fonde sur le classement de l’Organisation mondiale de la santé, la pomme de terre de BASF contient un gène résistant à la néomycine et à la kanamycine. Des antibiotiques extrêmement forts réservés au traitement des infections aiguës, . «La résistance accrue aux antibiotiques des personnes et des animaux est un problème médical largement reconnu. Utiliser des gènes résistants alors que ce n’est pas indispensable est irresponsable», accuse Marco Contiero de Greenpeace. D’après la porte-parole de Stavros Dimas, le commissaire européen à l’environnement, au contraire, «cet OGM ne présente aucun risque» : cette pomme de terre serait destinée à la production d’amidon à des fins industrielles, principalement pour faire du papier.
Faux, selon Marco Contiero, qui résume, document à l’appui, un extrait de la demande de BASF : «L’utilisation de cette pomme de terre est principalement la production d’amidon, mais certains résidus pourront servir à l’alimentation animale. Et BASF conclut qu’il ne peut être exclu que cet OGM puisse être utilisé comme alimentation ou présent dans l’alimentation.» Contiero conclut : «Il y a de toute façon un risque pour la chaîne alimentaire. La plupart des Etats n’ont pas de législation pour prévenir la contamination des cultures conventionnelles et bio­logiques par des cultures génétiquement modifées.»

 

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