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Consommation la folie bio

Il y a une trentaine d'années, l'agriculture biologique paraissait être réservée à une secte de marginaux. Aujourd'hui, les produits alimentaires bio ont le vent en poupe. Un marché porteur, doublé d'une quasi-philosophie, qui poursuit son développement dans l'île.

Longtemps marginalisé, le bio est devenu le signe d’une tendance de fond, manger sain et équilibré, manger des produits frais... Le fer de lance du mouvement général de résistance anti-malbouffe, pourrait-on dire. Même sans être des militants purs et durs, de nombreux Français mangent bio (voir le sondage CSA, dans cette page). Mieux, la démocratisation est en marche, bien aidée, il est vrai, par la peur des consommateurs liée aux affaires vaches folles et OGM : une aubaine que les grandes surfaces de l’île ont su saisir. “Ce n’est pas un marché négligeable en terme de chiffre d’affaires”, indique le directeur marketing de Vindémia (Jumbo Score et Score). “L’année 2006 mise à part, le secteur fonctionne très bien, en croissance à deux chiffres par an depuis 2000”. Dans les hypermarchés, divers produits d’épicerie (céréales, pâtes, etc) estampillés AB (pour agriculture biologique) sont exposés au rayon diététique au risque, pour la plupart des consommateurs, de mélanger tous les concepts - le bio, la diététique, le commerce équitable. “Notre produit star c’est le lait de soja”. À 1 euro (en moyenne) plus cher qu’une autre marque non étiquetée bio, le produit doit faire des miracles.

Le bio reste cher...

René Ohruh, gérant depuis 20 ans des enseignes Biodiet - 7 magasins dans l’île - se plaint de la confusion. Si la civilisation du caddie est attirée par le manger sain, en revanche, elle manque cruellement d’information et de conseils sur le sujet. Dans les boutiques spécialisées la demande tend aussi à augmenter. “Cela va de l’étudiant soucieux de préserver sa santé pour ne pas avoir de problèmes plus tard aux gens plus âgées qui recherchent une alimentation plus saine et équilibrée pour corriger des soucis de santé”, explique le gérant d’un autre point de distribution, Tendance Bio, 2 magasins dans l’île. Si de plus en plus de produits certifiés AB se retrouvent dans les linéaires des grandes surfaces, ou les enseignes spécialisées, la différence entre le coût des produits industriels et de ceux estampillés bio en fait encore reculer plus d’un... “Le bio n’est pas accessible à tout le monde. En comparaison, certains produits sont jusqu’à 50% voire 60% plus chers en grande surface”, souligne notre interlocuteur de chez Vindémia. En effet, les coûts de production des aliments AB sont plus élevés de 20 à 30% (rendements plus faibles) ce qui entraîne des prix de vente de 20 à 40% supérieurs à ceux des aliments conventionnels. Dans l’île, il faut en plus y ajouter le coût de l’importation. En 2000, la Jeune chambre économique affichait l’ambition de faire de la Réunion une île bio en 2005. Si l’on peut dire sans se tromper que le pari a très largement échoué, l’agriculture biologique n’en est pas moins devenue une réalité (voir interview).

... mais la clientèle existe

Après avoir suivi des formations, Thierry Hubert s’est installé en tant qu’agriculteur à Bras-Panon depuis 2003. Il s’occupe d’une production assez variée dans son exploitation qui se veut bio. “Je travaille sur une petite surface que je souhaiterais plus vaste. Cela dit, je récolte un panier assorti de plusieurs légumes et fruits différents. Je dispose aussi d’un élevage d’une soixantaine de poulets pays nourris aux aliments bio”. Avec sa femme et sa fille, Thierry a réussi à monter un petit commerce, l’îlot bio, à Bras-Panon. Il vend également ses produits directement à la ferme. S’il s’en sort, Thierry n’a pas toujours vu la vie en vert. Si l’année dernière et cette année, il a profité des aides du Département à l’importation des intrants et des aliments pour ses animaux, il n’a jamais bénéficié d’une aide spécifique des fonds européens. Qu’est-ce qui le pousse à conti-nuer dans cette voie ? Une activité agricole qui va bien au-delà d’une quelconque mode : en refusant de gaver sa terre de “poisons”, engrais ou autres pesticides qui assurent le rendement, Thierry affirme par-dessus tout son identité et son choix de vie. “Le bio c’est l’amour du travail bien fait, du respect de l’environnement, de nos traditions et valeurs ancestrales”, dit-il. Et ce n’est pas pour rien que notre homme est aujourd’hui à la tête d’une association de valorisation de l’agriculture biologique (AVAB), créée en 2001, ou encore membre du bureau du Groupement d’agriculture biologique, le GAB. Actuellement, l’agriculture biologique couvre en France environ 2% de la superficie agricole et les produits AB représentent moins de 1,5% des aliments consommés. Mais les agriculteurs estiment que le bio a une réelle chance de se développer sans concurrence à l’agriculture conventionnelle d’ailleurs. À la Réunion, les dernières études effectuées par la DAF et par la DGCCRF montrent des teneurs en pesticides et en nitrates très élevés dans les produits agricoles. Les consommateurs réclament de plus en plus des produits dont ils sont sûrs. C’est le sentiment des institutions comme la Chambre d’agriculture. “La clientèle est là, et continue à se développer”, confirme Thierry. Des gens sensibles à la qualité de leur alimentation. “Ils se soucient de leur bien-être, de leur santé”, dit-il. Puis ajoute : “ce sont des personnes éclairées qui ont intégré ce vieux proverbe : il vaut mieux prévenir que guérir”.

Thomas Lauret

 - Les Français de plus en plus adeptes

Selon un sondage CSA, datant de janvier dernier, les Français adhèrent majoritairement aux produits bio et aux valeurs qu’ils représentent (54% des Français et 86% des consommateurs de produits bio se déclarent proches des valeurs portées par l’agriculture biologique. Pour plus de 8 Français sur 10, les produits bio sont “plus naturels car cultivés sans produits chimiques”, “contribuent à préserver l’environnement” et “sont meilleurs pour la santé”). Cette vague confirme que les produits bio sont de plus en plus ancrés dans les habitudes de consommation des Français : plus de 4 Français sur 10 consomment des produits bio au moins 1 fois par mois, 23% au moins 1 fois par semaine et 7% tous les jours. Les fruits et les légumes sont toujours en tête des produits bio consommés mais le panier bio s’élargit à 5 catégories différentes (respectivement produits laitiers, viande, oeufs et pain) de produits consommés (contre 4.4 en moyenne en 2005). Enfin, il apparaît que les magasins bio connaissent un succès grandissant, mais les GMS restent le circuit privilégié où “tout reste à faire”. On note, en effet, de fortes attentes concernant l’information sur les lieux d’achat et de consommation. Source : Baromètre Agence Bio / CSA

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