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L'Allemagne mise sur l'énergie solaire

On connaît la position dominante de l'Allemagne en matière d'énergie éolienne mais on sait moins que notre voisin est également devenu un géant mondial en matière d'énergie solaire. L'Allemagne, qui n’est pourtant pas réputée pour son climat très ensoleillé, compte sur ses toits une surface installée de capteurs solaires thermiques de quelque 7 millions de m² représentant une puissance thermique de 4 700 mégawatts. 4 % de l'ensemble des foyers allemands font d'ores et déjà appel au solaire en tant que

L’Allemagne dispose à présent d’un savoir-faire technologique et industriel qui en fait, comme c’est déjà le cas pour l’éolien, le leader européen en matière d’énergie solaire, avec toutes les retombées très positives que cela entraîne en terme de création d’emplois qualifiés. Lorsqu’on analyse de près le leadership allemand en matière d’énergie solaire on s’aperçoit que ce n’est pas tant la hausse du prix du pétrole qui explique le décollage du solaire Outre Rhin que la loi sur les énergies renouvelables promulguée en 2000 par le gouvernement allemand. Cette loi, la Erneuerbare-Energien-Gesetz (EEG), fixe la hauteur de l’achat d’électricité provenant des nouvelles énergies ainsi que le montant de la rémunération par les grands distributeurs d’énergie. La rémunération versée aux producteurs d’énergie renouvelable varie en fonction de la source d’énergie (éolienne, solaire, biomasse, etc...) mais la somme, une fois fixée, reste toujours la même.

Pour illustrer l’impact que la loi sur les énergies renouvelables a pu avoir, le journaliste Jürgen Röttger cite l’exemple de l’entreprise Conenergy. Avant la promulgation de la loi en 2000, Conenergy, créée en 1998, n’était l’entreprise que d’un seul homme. Elle compte aujourd’hui plus de 450 salariés et son chiffre d’affaires a atteint 285 millions d’euros en 2004. "Ces entreprises engendrent déjà des bénéfices mais elles sont encore dépendantes de la loi. Les professionnels estiment que la branche deviendra véritablement indépendante d’ici huit à dix ans," observe le journaliste. "Cette loi a permis et permet encore aux entreprises dans les énergies renouvelables de faire des investissements sur le long terme car elle leur garantit une rémunération fixe, et par là même une sécurité financière. C’est vrai pour le secteur des énergies renouvelables, en particulier pour l’énergie solaire qui demande une technologie de pointe et donc des investissements conséquents," ajoute-t-il. Ce secteur solaire n’est pas seulement une bonne affaire pour les investisseurs, il permet également de créer des emplois nouveaux et qualifiés. C’est ainsi que le secteur solaire allemand compte déjà 50000 salariés pour atteindre quatre milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Mais l’Allemagne ne se repose pas sur ses lauriers et prépare déjà, tant dans la filière photovoltaïque que dans la filière thermique, les technologies de l’avenir. Des chercheurs de l’Université Friedrich-Schiller de Jena viennent ainsi d’entamer un projet de recherche visant à développer des cellules photovoltaïques de 3e génération, transparentes, souples et 100 fois plus minces que les cellules actuelles, ce qui permettrait d’en recouvrir les murs et façades des immeubles et maisons (Voir article de notre lettre 424 dans notre rubrique "Energie").

Parallèlement à ces recherches de pointe dans le domaine des cellules photovoltaïques, l’Allemagne s’est engagée, de manière complémentaire, dans un projet encore plus étonnant qui illustre bien sa vision à long terme de la problématique énergétique : faire du Sahara une future réserve d’électricité solaire. Dans 15 ans, l’Allemagne pourrait importer du courant électrique produit dans le désert d’Afrique du Nord à partir d’énergie solaire thermique. "Techniquement, cela ne constitue pas de problème", estime Hans Muller-Steinhagen, directeur de l’institut de thermodynamique technique du centre aérospatial allemande DLR.

"En premier lieu, il faut construire en Afrique des centrales solaires thermiques", souligne Hans Muller-Steinhagen. Ces installations concentrent les rayons du soleil sur un grand miroir parabolique afin de produire de la vapeur d’une température de 400 degrés Celsius et sous une pression de 50 à 100 bars. Une turbine traditionnelle convertit ensuite cette chaleur en électricité. Un autre avantage de cette technologie : la chaleur se stocke beaucoup plus aisément que l’électricité.

Même si comparée aux combustibles fossiles, cette électricité du désert est aujourd’hui trop chère à produire, l’expert pense "qu’il ne nous restera pas d’autre choix si nous voulons réaliser nos objectifs climatiques et tenir compte du caractère fini des ressources fossiles".

A partir de 2020, l’électricité solaire pourrait même devenir l’option énergétique la plus abordable. D’ici 2050, les importations en provenance d’Afrique du Nord pourraient couvrir environ 15 % de la demande nationale allemande en électricité. "Théoriquement, un millième de la superficie des déserts suffirait à couvrir la demande mondiale en électricité", indique le professeur. La seule Algérie par exemple dispose d’un Potentiel exploitable thermo-solaire de plus de 170 TWh/an, soit environ le tiers de la production française totale d’électricité.

De nouvelles infrastructures haute tension seront nécessaires pour relier l’Europe aux zones ensoleillées d’Afrique longues de 4000 km. Si la technologie actuelle propose des lignes à courant continu de 600 kV, la prochaine génération passera à 800 kV et sera caractérisée par une réduction des pertes et des coûts.

Pendant ce temps, en France, la production solaire, qu’elle soit photovoltaïque ou thermique, reste marginale et insignifiante (moins de 0,5 % de la production totale d’énergie). Pourtant notre pays, contrairement à certaines idées reçues, dispose d’un excellent potentiel solaire. Plus de 20 départements du Sud de la France bénéficient de plus de 2 000 heures d’ensoleillement par an et même en Ile-de-France, le rayonnement solaire moyen annuel est de 1 150 kWh/ m2, soit seulement 20 % de moins que dans le sud de la France. En se basant sur des estimations prudentes, les experts considèrent que le solaire thermique peut couvrir la moitié des besoins de la France en eau chaude, tout en assurant un complément de chauffage. Le solaire photovoltaïque, pour sa part, pourrait assurer un tiers de notre consommation électrique nationale. Il est donc regrettable que la France, qui a la chance de disposer d’un excellent gisement solaire, ne parvienne pas à utiliser cette énergie gratuite et non polluante avec le même niveau d’efficacité que notre voisin allemand.

Pourtant, le coût du kWh solaire ne cesse de baisser grâce aux progrès technologiques. Aujourd’hui estimé à 40 cts, ce coût devrait tomber à 30 cts en 2010, 15 cts en 2020 et 10 cts en 2030. En outre, les récentes mesures fiscales décidées par le gouvernement - un crédit d’impôt de 50 % sur les nouveaux équipements et une hausse du tarif de rachat par EDF de l’électricité photovoltaïque, que les particuliers peuvent revendre jusqu’à 47 centimes le kWh et les communes 55 centimes - devraient contribuer au décollage de l’énergie solaire en France.

Mais si nous voulons vraiment que l’énergie solaire cesse d’être marginale en France et représente, d’ici 2020, une part significative de notre consommation totale d’énergie, nous devons agir avec volontarisme dans plusieurs directions. Il nous faut d’abord accroître notre effort de recherche dans le domaine de l’énergie solaire (photovoltaïque et thermique). Nous devons également libérer les initiatives tant publiques (collectivités locales) que privées (entreprises et particuliers) en adoptant un cadre fiscal et réglementaire beaucoup plus incitatif et moins contraignant qui favorise les investissements solaires et permette une durée d’amortissement plus courte. Nous devons ensuite définir des objectifs de production d’énergie solaire plus ambitieux au niveau de l’Etat, compte tenu du potentiel solaire exceptionnel dont notre pays dispose.

Il nous faut enfin apprendre à imaginer et à mettre en oeuvre de nouvelles synergies entre énergies renouvelables et notamment privilégier des projets intégrés qui combinent énergie solaire, énergie éolienne et production d’hydrogène. L’enjeu est non seulement écologique, il est aussi économique, social et technologique, comme l’ont bien compris nos voisins allemands mais aussi espagnols ou portugais. Alors que le sommet mondial sur le climat, qui vient de se tenir à Bruxelles, a confirmé les prévisions alarmistes quant aux conséquences désastreuses du réchauffement climatique, il est grand temps que notre pays, qui a tous les atouts pour relever ce défi, se place à la pointe de cette mutation énergétique vitale pour notre avenir.

www.tregouet.org

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