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Article d'un lecteur : LA FRINGALE DE LA FOURMI

Elle avait tout le jour travaillé sur son arbre. Le tilleul, au soleil, brillait de tous les sucs que les pucerons peignaient sur les feuilles et les fleurs. Il en dégoulinait jusque sur les peintures des voitures, cherchant l'ombre du feuillage embaumé. Sans lavage immédiat, toutes les " métallisées " en garderont la trace.

Avec toute une armée d’ouvrières silencieuses, elle avait épuisé le feuillage du bas. Cela rallongeait bien les parcours vers le nid. Elle était épuisée, bouche pâteuse du suc, et cherchait un peu d’eau pour étancher sa soif. Par bonheur, une fleur avait pleuré sa goutte sur une feuille tombée. La surface brillante et cireuse des sucs, protégeait bien la goutte, à l’ombre des grandes herbes, d’un trop ardent soleil qui l’aurait desséchée.

La fourmi y courut, langue pendante assoiffée. Elle buta sur la goutte, comme si une peau souple venait l’en séparer. Elastique, résistante, elle était trop solide pour être perforée. Cette monstrueuse sphère, aplatie  et vibrante, ressemblait aux ballons des enfants innocents. C’est ce qu’ils obtenaient, en les gonflant à l’eau, des beaux préservatifs qu’ils avaient chapardés à leurs mères, à leurs sœurs au fond des sacs à main. Innocents, ils l’étaient de ne pas réfléchir aux armes absolues avec lesquelles ils jouaient. Ils ne les pensaient pas capables de détruire tant de leurs frères et sœurs qu’ils ne verront jamais. Epouvantables engins de tant de génocides, rêves inassouvis d’épurateurs ethniques.

Comme celle de LA FONTAINE, si elle n’est pas prêteuse, notre fourmi montra qu’elle n’est pas « empruntée ». Elle sut bien retrouver une belle Saponaire, qui lui donna  sa sève de lignosulfonate. Elle y trempa les pieds et mouilla ses antennes. Comme une patineuse, incertaine sur la feuille qu’elle avait savonnée, elle atteignit la goutte, y plaqua ses antennes,   attendit du contact l’effet neutralisant. La goutte, en peu de temps, vit sa prison s’ouvrir. Ce fut une cataracte. Elle faillit bien noyer la fourmi altérée qui fit la bonne affaire. Elle s’était rafraîchie, autant désaltérée, heureuse  d’avoir ainsi, et sans rien débourser, récupéré un bain et des consommations.

Rien ne vous empêchera de vérifier cela. Sur une surface grasse déposez une goutte. Déployez le trombone qui traîne sur le bureau. Piquez le dans son flanc pour éprouver un peu sa surface élastique. Maintenant, allez au lavabo et plantez le trombone dans le savon liquide. Enfin, secouez-le bien pour enlever l’excès. Mettez-le légèrement au contact de la goutte. Patientez et bientôt la goutte va se répandre comme celle de la fourmi.

Ces affaires de « tensions superficielles » sont d’une grande poésie. Si nous racontons cette histoire c’est pour montrer  la relativité des choses, le sens des proportions. Pour la fourmi, l’eau est une boule ou une espèce de cuvette. Pour nous, c’est un plan. Pour la fourmi l’eau est « épaisse, visqueuse ». Avec nous, elle est d’une liquidité assez légère pour nous immerger et nous noyer. Alors, les règles de la similitude mécanique et les modèles mathématiques, peuvent-ils intégrer toutes ces notions subjectives et sensuelles ? La Physique a des lois facilement inhumaines pour la compréhension de nos sens. 

Poètes, je suis fatigué ; à vous le soin pour les rimes.

Francois TATARD

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