headerphoto

Les revendications du Printemps bio

La huitième édition du Printemps bio (du 1er au 15 juin) veut provoquer un sursaut politique. "Consommer bio, c'est voir plus loin", voilà le slogan de cette manifestation qui propose des visites de fermes d'agriculture bio et des centaines de dégustations. "J'aimerais que, pour la première fois, le gouvernement fixe des objectifs clairs et s'engage à ce que, dans cinq ans, 5 % de la consommation alimentaire et 5 % des terres cultivées le soient sur le mode biologique", a affirmé Didier Perréol, président de l'Agence bio, organisatrice de cette campagne nationale, vendredi 1er juin, lors de son lancement à Suze-la-Rousse (Drôme).

On est loin du compte. A peine 2 % des terres agricoles françaises sont cultivées sans produits chimiques, et l'Etat diminue cette année de 25 % son aide aux régions par rapport à 2006, selon la Coordination Rhône-Alpes de l'agriculture biologique (Corabio). Hier pionnière, la France n'est plus aujourd'hui qu'au dix-huitième rang de l'Europe pour sa proportion de surface cultivée en bio alors que "la demande continue à être supérieure à l'offre", dit Marinette Feuillade, porte-parole de Corabio.

Désormais, quatre Français sur dix consomment au moins une fois par mois ces aliments dont la culture et la préparation sont exemptes de produits chimiques de synthèse. Les Franciliens sont adeptes du lait bio et de produits à base de soja. Les habitants de l'Ouest plébiscitent les fruits et légumes, et ceux du Sud-Ouest, le pain bio, les céréales et les produits d'épicerie.

Peu à peu, la consommation alimentaire se modifie, et les Français redécouvrent les saisons. Raymonde, 77 ans, venue de Bretagne en vacances à Nyons (Drôme), s'est arrêtée à La Biasse paysanne, un nouveau magasin bio ouvert par quelques paysans. "Nous ne pouvons pas vendre aux supermarchés, parce qu'ils jugent nos quantités insuffisantes et qu'on ne peut pas leur payer des marges arrière", explique un producteur de cette enseigne.

Ce système direct "du producteur au consommateur" leur permet d'écouler leurs récoltes, et l'absence d'intermédiaires, de pratiquer des prix raisonnables. "On sait qu'ici, les agriculteurs ne vendent que ce qu'ils produisent et qu'on ne trouvera pas de tout, mais on s'adapte", dit Raymonde qui accepte de payer environ 20 % plus cher ses produits bio.

Préserver la santé en continuant à produire sans adjonctions chimiques, tel est, justement, le combat mené depuis six mois à Bruxelles par la filière française, dont le cahier des charges est l'un des plus contraignants d'Europe.

A quelques jours du conseil des ministres européens, qui prévoit d'adopter les 11 et 12 juin un nouveau règlement sur les conditions de production des aliments bio, l'heure est à l'expectative. Les textes d'application qui diront, en effet, à quel âge un poulet peut être abattu ou qui définiront les règles de la vinification bio, par exemple, sont attendus à l'automne.

Sur les principes, "rien ne va changer", assure-t-on au ministère de l'agriculture : les aliments certifiés devront toujours être issus à 95 % de l'agriculture biologique. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) resteront proscrits, les éleveurs n'auront le droit de soigner leurs bêtes qu'avec certains médicaments s'il n'existe aucun produit adapté en phytothérapie ou aromathérapie.

"Ce qui pose problème, c'est la communication, s'inquiète René Groneau, membre de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB). Un fabricant de yaourts pourra, par exemple, mettre en valeur le fait que sa fraise est bio alors que le reste ne l'est pas." De fait, le logo vert officiel "AB", créé par l'Etat français en 1985 et qui n'apportera plus rien de spécifique, risque, à terme, de disparaître. Il devrait alors céder la place au nouveau logo européen que l'on verra sur les emballages à partir du 1er janvier 2009.

www.lemonde.fr

Vous souhaitez réagir ?

>> Il vous suffit de cliquer ICI <<
Autres sujets :