headerphoto

Lutte contre les sachets plastique : Un vrai cul-de-sac

Industriels, État, collectivités, associations de consommateurs... Depuis deux ans, tous les acteurs du sac plastique se donnent la main pour limiter sa diffusion. Mais le lobbying du sac traditionnel et polluant dispose de nombreux partisans qui retardent l’arrivée de solutions alternatives quasi-révolutionnaires.

“Ne faites pas rêver les gens.” Cette mise en garde est signée Jean-Claude Leblanc, directeur général de Bourbon Plastique, l’entreprise qui représente les producteurs de sacs plastique à la Réunion. Au risque d’être déçu, le produit qui pourrait vous faire rêver est un... sac plastique. Mais attention, pas n’importe lequel. Il s’agit d’un sac d’un nouveau genre, fabriqué à base de matière végétale, biodégradable en quelques mois et fabriqué à la Réunion. Son nom : le bioplastique. Plusieurs entreprises tentent d’imposer ce produit quasi-révolutionnaire dans le département, avec un certain succès d’ailleurs puisque Mr Bricolage et plusieurs hôtels haut de gamme de la côte Ouest le distribuent déjà à leurs clients. Des mairies sont également friandes de ce type de produit.

LES BIOPLASTIQUES INDÉSIRABLES

Le secret ? De l’amidon, récupéré dans le maïs, la pomme de terre voire dans le riz et le manioc (voir ci-contre) est incorporé au polymère traditionnel tiré du pétrole. Le résultat donne un sac biodégradable en l’espace de trois mois pour les meilleurs élèves de la catégorie. Mais toute révolution a ses revers et ses farouches opposants. La Réunion n’en manque pas. Dans la “Charte départementale d’engagement pour la réduction des sacs de sortie de caisse”, signée en 2005 avec les industriels, les hypermarchés, les collectivités locales et régionales, le Direction de l’environnement, l’Ademe ainsi que les associations de consommateurs, aucun des cinq axes de réflexion ne concerne les bioplastiques. Les réserves sur ces produits sont même écrites noir sur blanc, et en caractères gras s’il vous plaît : “toute proposition de solution alternative comportant une quelconque référence ou allusion à la notion de biodégradabilité devra expressément et en tous points répondre aux exigences des normes en vigueur”. Or, les normes en question, très strictes sur la notion de biodégradabilité, ne concernent pas les sacs “made in Réunion” ou en tout cas, pas ceux vendus moins chers que les plastiques traditionnels. Exit donc les bioplastiques. Ces derniers ne séduisent pas les décideurs malgré leurs multiples avantages. La Réunion a préféré s’engager sur la voie du recyclage et des sacs réutilisables dont plusieurs études montrent l’intérêt écologique. D’après l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise d’énergie), un sac plastique réutilisé plus de cinq fois causera moins de tort à l’environnement que n’importe quelle autre solution. Sans compter “qu’on connaît mal l’impact des bioplastiques qui seraient abandonnés dans la nature”, ose-t-on au conseil général, qui pilote la politique en matière de réduction des sacs plastiques. Sauf qu’à choisir entre un sac traditionnel et son alternative “bio”, même les scientifiques ont fait leur choix... Mais l’impact sur l’environnement n’est pas la seule contrainte qui guide le Département dans sa lutte contre les sachets gratuits. Entouré des industriels du secteur, le conseil général fait des enjeux sociaux et économiques les piliers de sa politique environnementale.

Z’OISEAU VERT Y DÉCOL PAS

La charte doit préserver “des emplois directs et indirects concernés par l’activité de production et de transformation des sacs de caisse” ainsi que “le niveau d’activité des industriels” locaux est-il précisé en préambule du document. Ça s’appelle de la realpolitik. Une centaine d’emplois sont en jeu. “Il faut laisser le temps aux industriels de se retourner, explique Stéphane Sacrias, directeur marketing de Vindemia. On peut compenser la baisse de production des sacs bretelles par les sacs-poubelles en minimisant nos importations au bénéfice des productions locales”. Les efforts pour réduire la distribution de sacs sont étroitement liés au contexte économique mais donnent de piètres résultats. Exemple avec le sac Zoiseau Vert, symbole de la lutte contre les plastiques à la Réunion. Environ 268 000 en ont été vendus par les supermarchés en 2006. “Le bilan n’est pas très satisfaisant, reconnaît le Département. Les enseignes enregistrent un net ralentissement de sa distribution. Ce sac a connu des soucis de solidité lors de son lancement que le fabricant a aujourd’hui résolus. Le motif choisi n’est pas assez séduisant et il ne dispose pas d’un soufflet qui faciliterait son emploi.” Cette solution répond toutefois à d’autres exigences de la charte puisque Z’oiseau Vert est produit et recyclé à la Réunion. Enfin, juste produit, car la filière recyclage a du mal à démarrer malgré les espoirs placés en elle. La charte organise même un petit business local entre les entreprises du secteur. Le mécanisme imaginé n’a rien de compliqué : les centres de tri de l’île devraient récupérer les sacs plastique puis les envoyer à Cycléa, une société fraîchement rachetée par le TCO, qui les recycle et les revend à 400 euros la tonne aux industriels réunionnais. La machine est parfaitement huilée à un détail près : elle ne fonctionne que sur papier. La Civis, la communauté d’agglomération de cinq communes du Sud, devrait par exemple trier les sacs plastiques pour les fournir à Cycléa. “On travaille pas avec eux”, répond laconiquement son service environnement. “L’opération de recyclage n’a pas encore démarré, concède le conseil général. Nous devons relancer les différents centres de tri et communiquer auprès des ménages. Cela devrait être fait d’ici la fin de l’année.” D’autres mesures doivent encore être prises et font la part belle à la sensibilisation des consommateurs. L’objectif officiel est de réduire de 20 % le volume de sacs distribué chaque année “en préservant autant que possible l’industrie locale”. Deux ans après la signature de la charte, le bilan écologique reste maigre : 112 millions de sacs ont été distribués en 2006 contre 119 millions en 2005 et 98 millions en 2004. Le plus dur reste à faire.

Clicanoo

Vous souhaitez réagir ?

>> Il vous suffit de cliquer ICI <<
Autres sujets :