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Charles, jardinier bio couronné de succès

Agriculture. Depuis vingt ans, le prince vend dans le monde entier les produits de sa ferme de Highgrove.

Quand le prince Charles avait annoncé, en 1986, la conversion de sa ferme de Highgrove à l’agriculture biologique, plus d’un sourcil s’était levé en réponse à cette lubie d’aristocrate gâté. Une vingtaine d’années plus tard, les sarcasmes se sont tus : le prince fait figure de visionnaire, tandis que sa ferme, Home Farm, est régulièrement citée en exemple par la Soil Association, l’association britannique bio. Un panneau sur le sentier conduisant au manoir annonce d’entrée la couleur : «Attention : vous pénétrez maintenant dans une zone interdite aux OGM.»  La devise de la ferme, proférée par David Wilson, son directeur depuis 1985, résume d’ailleurs bien la philosophie du patron : «Il faut vivre comme si on allait mourir le lendemain, mais il faut cultiver comme si on allait vivre pour toujours.»

Coléoptères.  De fait, la ferme de 440 hectares, qui se trouve sur les terres du manoir de Highgrove, la résidence personnelle du prince acquise en 1980 dans la verte campagne du Gloucestershire, a l’apparence d’un tableau champêtre. Pas un fil barbelé en vue, pas d’outils rouillés qui traînent, ni d’animaux entassés dans des étables fétides. Les bâtiments cossus du XVIIIe siècle sont parfaitement entretenus, ayant été restaurés à l’ancienne pour préserver leur caractère. Les champs de seigle, de carottes, de pommes de terre et de haricots sont protégés des coléoptères par un produit naturel à base de concentré d’ail.
Dans un même souci de durabilité, la ferme fonctionne à l’électricité solaire et thermale, tandis que les animaux sont soignés à l’homéopathie. Sur les 1 023 animaux que compte la ferme, 73 proviennent d’espèces rares, tels trois énormes cochons noirs tamworth, la race la plus ancienne d’Angleterre : une cause chère au prince Charles, qui parraine l’association de protection des espèces en voie de disparition. Tous s’ébattent avec joie dans d’immenses enclos ou de grands champs en fleurs, en attendant de finir dans les assiettes de porcelaine des clients de l’hôtel Ritz, du grand magasin Fortnum and Mason ou de Lidgates, la boucherie la plus chic et la plus chère de Londres.
Biscuits à l’avoine.  Mais le prince ne se contente pas de vendre ses excellents produits aux riches Londoniens : ses légumes sont aussi distribués localement, via des coopératives, ainsi qu’à 180 écoles de Bristol, la ville voisine. Surtout, Home Farm a servi de point de départ à la création de Duchy Originals, la marque alimentaire lancée par Charles en 1992. Là encore, le fils aîné de la reine en a surpris plus d’un. Lorsqu’il avait mis sur le marché ses premiers biscuits «organiques»  à l’avoine, peu prédisaient un succès fulgurant au patron novice, à l’image aussi éloignée que possible des connotations hippies encore associées aux produits bio. Aujourd’hui, cependant, sa marque Duchy Originals génère 1,2 million de livres de profits annuels, entièrement reversés aux associations caritatives que préside le prince. Ses 200 produits très british ( marmelade, saucisses, bière, thé.), issus de Home Farm et de fermes indépendantes triées sur le volet, garnissent les rayonnages de tous les supermarchés et épiceries britanniques, et s’exportent avec succès en Amérique, en Europe, en Asie et au Moyen-Orient.
Traumatisme.  Car ce secteur balbutiant, qui constituait un hobby pour Charles, s’est transformé en dix ans en un business florissant. La «sécurité alimentaire»  et la consommation «éthique»  sont en effet devenues deux priorités fortes des Britanniques, traumatisés par les crises de la vache folle, de la fièvre aphteuse et de la grippe aviaire. Un traumatisme qui explique qu’ils soient devenus si soucieux des implications environnementales liées à leur consommation. En 2006, les ventes de produits alimentaires bio ont atteint près de 2 milliards de livres (3 milliards d’euros) : un record que même le prince Charles n’aurait pu prédire.

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