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Libre Opinion: Greenpeace se met à dos des écolos

Je mange du millet et du tofu, je vis dans une maison en ballots de paille, j'ai un grand jardin bio et je composte tout ce que je peux. Si l'on aime les étiquettes, alors on peut dire, sans risquer de se tromper, que je suis un écolo.

Pourtant, je ne peux que m'insurger contre le dernier rapport de Greenpeace sur la forêt boréale. La démagogie extrême dont ce groupe a fait preuve ces derniers jours, accompagnée d'une série d'attaques bassement personnelles, vont finir par les faire passer pour des idéologues dangereux aux yeux de bon nombre d'écologistes.

Certains écologistes ont développé ces dernières années un message alarmiste dénué d'une réelle recherche de la vérité scientifique. Mais qui a porté fruit. Tellement qu'on ne compte plus les artistes qui veulent jouer un air de guitare pour «sauver» un arbre.

Une animatrice radiophonique de Radio-Canada -- que j'aime beaucoup par ailleurs -- disait sur le réseau national au printemps dernier que la vue d'un arbre coupé lui faisait le même effet qu'un petit lapin mort: elle avait envie de pleurer. Il n'est pas rare de trouver des enfants qui, sur le conseil de leurs parents, préfèrent utiliser un manche de bâton de hockey en plastique, par exemple, plutôt qu'en bois, par souci pour la forêt.

C'est dire où l'on en est rendu. Parfois, on a l'impression qu'une certaine psychose sentimentale gagne peu à peu du terrain au Québec.

Pendant ce temps, l'Europe valorise à fond l'utilisation du bois et développe sans cesse de nouvelles technologies. Non seulement pour le bois en tant que matériau, mais aussi en tant que source d'énergie. Or, les écologistes de Suède, de Finlande, d'Allemagne ou de France ne passent pas leur temps à «gosser» l'industrie du bois, ni à tenter de discréditer cette ressource renouvelable.

Que se passerait-il si nos écologistes de Montréal et de Toronto se mettaient au diapason d'une «foresterie basée sur le savoir», selon l'expression du recteur de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)?

Ils viendraient dans les régions et ne manqueraient pas de rappeler avec un orgueil bien placé que le Québec gère sa forêt publique selon les principes du développement durable et ce, depuis 1987. Bien sûr, ils seraient critiques par rapport à certaines pratiques de certaines entreprises forestières. Mais ils situeraient cela dans le contexte des particularités de notre forêt boréale, un écosystème tellement différent de ceux de la zone méridionale du Québec et du Canada.

Plutôt que de les combattre, ils seraient alliés aux scientifiques du Consortium de recherche sur la forêt boréale de l'UQAC, le seul organisme de recherche spécialisé dans l'étude de l'épinette noire, une essence concentrée principalement au Québec et qui représente 80 % de sa forêt boréale. Ils s'intéresseraient notamment aux travaux de son laboratoire dédié au calcul de la croissance des arbres, le meilleur au monde.

Ils se colleraient sur les entreprises forestières les plus innovantes et prometteuses comme la Coopérative de Girardville, au Lac-Saint-Jean, ou celle de Boisaco, à Sacré-Coeur, pour ne citer que ceux-ci. Ils découvriraient que la foresterie d'avenir s'y préfigure déjà et que ces entreprises ont besoin de bien d'autre chose que de voir leur industrie constamment dénigrée.

Puis, au lieu d'un alarmisme creux motivé par un anticapitalisme primaire, ils crieraient sur tous les toits qu'il est urgent d'amorcer un transfert technologique des ressources fossiles vers les ressources renouvelables, dont le bois. La dépendance du Québec envers le pétrole, au pays du bois et de l'hydroélectricité, serait alors le vrai scandale.

Un futur pic pétrolier et des changements climatiques importants vont malheureusement finir par se faire sentir et nous contraindre au changement, faute de les avoir anticipés. L'irresponsabilité et l'immaturité de certains groupes écologistes nous font perdre un temps précieux. À force d'incarner tout ce que l'on peut haïr, ils vont amener même les écologistes les plus convaincus à les combattre.

Le devoir

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